Cette courte présentation, réalisée par Christian Dagenais, Valéry Ridde et Esther Mc Sween-Cadieux, a été offerte à Paris le 4 mai 2017. Dans le cadre d’un projet de recherche mené par l’EHESP (École des hautes études en santé publique), la réunion de deux jours visait à former les intervenants et à développer les activités de transfert de connaissances pour les décideurs de 4 agences régionales de santé (ARS) françaises et les Instances régionales d’éducation et de promotion de la santé (IREPS). Cette introduction au transfert de connaissances présente les grands principes et des exemples d’outils utilisés en TC.

 

 

Le projet de recherche:

Contexte : L’utilisation de preuves dans la décision et la pratique représente un enjeu majeur en santé publique. Cependant, si ce constat est aujourd’hui partagé, il existe des obstacles qui tiennent aux personnes, aux organisations, au contexte et à la nature des preuves elles-mêmes. Lever ces obstacles implique de reconsidérer la manière de produire et valoriser les résultats de recherche, la compréhension des logiques et processus décisionnels, tout comme les organisations supports des décisions et opérations de santé publique dans leur capacité à intégrer la recherche. Ce sont les grands enjeux du « transfert de connaissances » (TC). Les recherches réalisées sur le TCmettent en évidence d’une part que la simple diffusion de connaissances scientifiques ne suffit pas et d’autre part, que les modalités de TC, pour être efficaces, doivent être contextualisées au milieu dans lequel la diffusion de connaissances est requise. Notre étude vise à vérifier, en contexte français, ces deux constats.

Objectifs :

  • Objectif principal : Evaluer, dans les régions, l’impact d’un processus d’accompagnement à l’utilisation de synthèses de données probantes en prévention intitulées AAPrev sur la modification des pratiques préventives dans la décision publique – en Agences Régionale de Santé (ARS)  – et dans la pratique de terrain – en Instances régionales d’éducation et de promotion de la santé (IREPS).
  • Objectif secondaire : Documenter les mécanismes, processus et conditions d’efficacité mis en place suite à cet accompagnement, dans chaque région, pour assurer le transfert de connaissance.

Méthodes :L’étude proposée conduit une double évaluation:

  • Objectif 1 : l’évaluation, par étude comparative de cas, de l’effet d’un dispositif d’accompagnement des acteurs de prévention exerçant dans un milieu décisionnel (ARS) et opérationnel (IREPS) (l’intervention ici) : Pour apprécier les effets du dispositif d’accompagnement, nous évaluerons l’impact de ce dispositif (groupe intervention 1) par comparaison avec une simple diffusion de connaissances (groupe intervention 2) et l’absence d’intervention (groupe « contrôle »). L’étude sera réalisée dans les régions, organisée en 3 groupes : Un Groupe Intervention 1 (GI1), constitué de 4 régions partenaires du projet qui recevront un dispositif complet d’accompagnement; Un Groupe Intervention 2 (GI2) (4 régions) où sera proposée la simple diffusion d’un socle de connaissances scientifiques ; Un Groupe Contrôle (GC) (4 régions) où rien ne sera proposé. Les régions GI2 et GC seront appariées selon les mêmes caractéristiques que GI2. Les données seront quantitatives et recueillies par questionnaire en ligne à T0, T+12 mois et T+18 mois dans les 12 régions. Ces données qualifieront l’utilisation et le degré d’appropriation des AAPrev par les milieux de pratiques ainsi que le degré, d’intégration des AAprev dans la pratique décisionnelles et opérationnelles en prévention.
  • Objectif 2 : l’exploration des mécanismes et conditions d’efficacité du même dispositif par une évaluation de type réaliste (répond au constat 1). Pour explorer les mécanismes et l’effet du contexte nous utiliserons une démarche d’évaluation réaliste. Il s’agit d’élaborer une théorie configurationnelle primaire (CMO) du dispositif de transfert de connaissances à mettre en place pour l’intégration des AAprev, puis d’observer et documenter dans plusieurs cas (ici 4), la transformation de cette théorie en contexte différencié (C1M1O1, C2M2O2, etc….) afin de comprendre comment les acteurs s’approprient les AAPrev, dans leurs contextes particuliers.. Les données seront qualitatives et recueillies par observation en continue et par entretien à T0 et à T+12 mois et T+18 mois dans GI1. Ces données caractériseront les mécanismes et les conditions contextuelles qui expliquent la réussite ou la non réussite d’un dispositif de transfert de connaissances en contexte français local. Il s’agira à terme et par une analyse transversale de repérer les CMO récurrentes constituant alors une  théorie configurationnnelle secondaire (théorie de moyenne portée) support de recommandations pour le développement du TC dans ce contexte local (ARS/IREPS) : qu’est ce qui fonctionne, dans quel contexte et avec quels mécanismes.

Perspectives :

  • En termes de politique publique : Cette recherche permettra de proposer des recommandations contextualisées pour le développement du TC dans le cadre de la politique régionale de prévention/promotion de la santé.
  • En termes de recherche : Ce projet constitue une étude de cas de l’utilisation de nouvelles méthodes d’évaluation des interventions complexes, notamment celles promues par le MRC comprenant l’évaluation réaliste.